Sénégal : Aissa Dione, la Reine du Tissu Africain

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Reconnue pour son travail par la presse internationale et les plus grands professionnels du design et de la décoration d’intérieur, primée à plusieurs reprises pour sa créativité et sa passion, Aissa Dione est à la fois une artiste et un entrepreneur de terrain qui rencontre un franc succès.

Il était une fois Aissa Dione, Franco-sénégalaise, designer et artiste formée aux Beaux-Arts à Paris. Elle incarne deux cultures qu’elle cherche à marier. Ses études lui permettent de vivre de sa production de tableaux. Elle s’intéresse aussi à l’artisanat, avant d’être atteinte par une incurable passion pour le pagne tissé, très prisé des femmes sénégalaises. « La fabrication de ces pagnes est un savoir-faire ancestral commun aux peuples d’Afrique de l’Ouest.

Au Sénégal, c’est la spécialité des Manjacks de Casamance », explique-t-elle. Un métier d’hommes. Aissa décide de le faire sien et y consacre sa vie depuis vingt-sept ans. En 1985, constatant que le savoir-faire se perd et que ce produit magnifique reste méconnu hors des marchés locaux, elle apprend à le fabriquer elle-même auprès du tisserand de sa grand-mère, puis crée un atelier avec un groupe de tisserands manjacks. Ensemble, ils s’attachent à faire passer la largeur du métier à tisser traditionnel de 15 à 90 cm. Viendront plus tard la construction de métiers en 140 cm et l’acquisition de quelques anciens métiers mécaniques. Première victoire.

Textile

Développer la filière textile

Aissa explore divers types de teintures et élabore une palette riche et variée. Elle sélectionne son coton et y ajoute du raphia, de l’abaca et d’autres fibres. Elle met son talent de designer à l’œuvre et revisite les motifs traditionnels. Aissa Dione Tissus (ADT) naît en 1992, avec pour ambition première de se positionner dans le développement de la filière textile au Sénégal et d’encourager la pérennisation d’un savoir-faire traditionnel en péril. Très tôt, ADT se concentre sur les procédés de transformation du coton, créant une très longue chaîne de valeurs ajoutées sur la matière première de base.

Aissa dessine du mobilier qui marie ses tissus à de belles essences de bois. Son showroom avenue Sarraut à Dakar attire la clientèle locale et expatriée. Sa collection de tissus destinés à l’ameublement, à la décoration et à la petite maroquinerie arbore des noms évocateurs : Oubangui, Sahara, Ferlo, Bakel, Gao ou Peignes. C’est le début d’une merveilleuse aventure faite de nombreux voyages, de belles rencontres et de réalisations magnifiques. « J’ai eu l’insigne honneur de collaborer avec de prestigieuses maisons telles que Moroso ou Hermès et de réaliser des textiles sur mesure pour Serge Lutens et Andrée Putman », raconte-t-elle. Les plus grands décorateurs d’intérieur au monde s’arrachent ses tissus pour leurs projets en Europe, aux Etats-Unis, en Afrique du Sud : Christian Liaigre, Jacques Grange, David Champion, Fendi Casa, etc.

Aissa expose à Tokyo, à Zurich, à Paris, au SIAO de Ouagadougou, chez Takiyama à New York, à la galerie Mam à Douala… Elle fait le tour du monde avec ses tissus. Les commandes pleuvent. On retrouve ses pagnes tissés revêtant fauteuils et canapés, ou sous forme de coussins, de plaids et de rideaux. Ils habillent des demeures, des restaurants, des yachts et des hôtels. Mélanges de coton et raphia, de tissage et broderie, ils sont vendus dans des boutiques de Paris, New York, Tokyo ou Londres. Fin 2013, c’est au Bon Marché à Paris qu’elle monte un « pop-up shop ». La constance dans la qualité est reconnue et appréciée. Ses tissus ont une élégance naturelle, une noblesse sans ostentation. Ce sont de véritables bijoux.

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