Belgique : Tu t’ennuies ? Tu ne sais rien faire ? Deviens « Expert International en Terrorisme » !

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Tu cherches un boulot médiatique qui ne réclame aucune compétence particulière et est libre d’accès ? Le métier d’expert en terrorisme est pour toi !

A chaque fois que surviennent des attentats, des arrestations ou des perquisitions qui tournent à la fusillade (cf. Forest), surgissent comme par magie, en particulier sur les chaînes françaises d’infos en continu (où il faut meubler et meubler encore) mais aussi sur nos chaînes nationales des « experts en terrorisme ».

Alors qui sont-ils ? Parfois des avocats (en quête de clients), souvent d’anciens journalistes qui, sans doute lassés de piges mal rémunérées, ont senti le filon, se sont autoproclamés « experts en terrorisme ».

Ils ont mis une plaque sur leur façade, ils ont accumulé chez eux une importante « documentation » (essentiellement des numéros de Paris-Match) et ils ont acheté un complet-cravate de délégué commercial (c’est le principal poste d’investissement).

Il ne faut ni avoir été agent secret, ni terroriste

Expert en terrorisme, il est vrai, c’est un chouette boulot. Il ne réclame aucun diplôme, il n’y a aucun « accès à la profession », aucun conseil de déontologie qui accueille des plaintes déplorant les dérives des experts en terrorisme (qui pourrait d’ailleurs se plaindre d’eux, à part les terroristes eux-mêmes ?). Non, vraiment, c’est un boulot médiatique et dans la conjoncture actuelle, plein d’avenir !

Il vous permet de dire en fronçant les sourcils, comme cet expert entendu sur une chaîne française : « si j’étais à la place des terroristes, je ne resterais pas en France, je filerais directement en Belgique ! ».

Ah ben, oui, chez nous, c’est bien connu, c’est le Bed & breakfast de tout le terrorisme mondial. On est en sécurité. Avec des établissements et des armoires partout, à Verviers, à Molenbeek, à Schaerbeek, à Forest ! Merci aux experts pour ce brillant éclairage !

C’est que pour devenir expert en terrorisme, il ne faut même pas avoir été policier anti-terroriste soi-même, ni même avoir fait partie des services de renseignement. Encore moins avoir été terroriste ou gangster (même si avoir braqué des fourgons est un plus sur le CV, surtout si on est télégénique).

Créez un « observatoire du terrorisme » et nommez-vous « directeur »

Le chic, si voulez crédibiliser votre carte de visite d’expert, c’est de rapidement rédiger un bouquin, compilation d’infos trouvées dans la presse ou sur le web. Trouvez un titre-choc : « Les terroristes sont parmi nous » ou « La Belgique, plaque tournante du terrorisme », ou encore « Plongée au coeur de la nébuleuse terroriste », et le tour est joué !

L’autre option, c’est de créer un bidule qui en impose et de s’en autoproclamer « directeur ». Par exemple, l' »Observatoire du terrorisme », le « Centre d’analyse du terrorisme » ou encore le « Centre de réflexion sur la menace terroriste » (en anglais, ça frime encore plus).

Personne n’ira constater que cet observatoire est en réalité une petite pièce de 5 mètres carré au fond d’un appartement avec une machine à café, un WC, une télé et un ordinateur.

Ce que je me demande moi, c’est : que font les experts en terrorisme pendant les périodes où il n’y a pas d’attentat ? Une rapide enquête nous révélerait peut-être qu’ils font des petits travaux d’appoint. Que l’un d’eux beurre des baguettes dans une sandwicherie. Qu’un autre est veilleur de nuit dans un hôtel. Qu’un troisième vend des assurances au porte à porte.

Expert « international », c’est encore plus chic

L’important, pour eux, c’est la flexibilité et la disponibilité. Expert en terrorisme, il faut être mobilisable dès qu’il se passe quelque chose, et répondre de suite aux sollicitations des médias. A ce moment-là d’ailleurs, vous n’avez pas le temps d' »enquêter » vous-même sur ce qui se passe puisqu’on ne cesse de vous interviewer.

Un petit stage à la « Justine Katz Academy » vous apprendra si nécessaire à rester frais et pimpant malgré 23 heures de direct sur la même semaine.

Paradoxe: malgré tant d’expertise, jamais un expert en terrorisme n’est venu annoncer un attentat ou permettre qu’il soit évité. Non, ils arrivent toujours après, quand la catastrophe est survenue, avant tout pour dire qu’ils « savaient » ou qu’ils « avaient prévu » ou que « des informations confidentielles de source bien informée leur étaient parvenues attestant que des choses se préparaient ». « Nous savions, nous savions… », disent-ils, c’est clair, sont des marchands de « savions » !

Après quelques années, ils peuvent s’autogratifier du titre ronflant d’expert « international » en terrorisme. Un grade qui ne repose sur rien, mais qui permet d’augmenter les tarifs ! Lire la suite

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