Belgique : Attentats de Bruxelles – Orphée, Coiffeuse à Matongé et Rescapée du Wagon 3 « Je vous jure, ils n’ont pas souffert »

56f4ced435702a22d5b65acd

« Il y avait un air de printemps. Mon mari m’a déposée. Je l’ai embrassé. Je tenais mon café. Si j’étais morte, ce serait avec ces idées… ».

Orphée Vanden Bussche n’avait plus pris le métro depuis des semaines. Mardi matin, la Schaerbeekoise de 33 ans voulait savoir combien de temps elle mettrait, depuis la station Mérode, pour se rendre en métro à son nouveau travail, un salon de coiffure qu’elle vient d’ouvrir à la Porte de Namur.

« Il faisait beau. Il y avait un air de printemps. J’étais de bonne humeur. Mon mari m’a déposée à Mérode. J’avais envie d’un café. Le temps de la file, j’ai peut-être laissé passer une rame. »

À quoi tient la vie ? Puis, Orphée a rejoint les quais. Pourquoi a-t-elle pris le troisième wagon et pas le deuxième ?

Restée debout, elle s’est installée à l’avant, dos au sens de la marche en songeant qu’avec son café à la main, ce serait mieux en cas de freinage brusque. Dans une poche, son GSM a vibré. Son mari la prévenait de l’attentat à Zaventem. Orphée n’a pas décroché.

Quelqu’un près d’elle parlait des explosions à l’aéroport. De cela, elle est certaine. Orphée se rappelle aussi d’un petit garçon qui souriait.

Station Schuman, fermeture des portes. « ll y avait du monde. La plupart des places assises étaient occupées. Des gens se tenaient debout. Quelqu’un qui me voyait avec mon café m’a alors proposé sa place. Encore Maelbeek et on arriverait à Arts-Loi. Toujours préoccupée par la durée du trajet, je regardais l’heure : il était 9 h 10 ».

Orphée s’interrompt. « Voilà, mes souvenirs s’arrêtent là. Quand ils reviennent, j’ai le visage en sang. Je ne suis plus dans le métro mais en surface, assise à terre devant l’Hôtel Thon où tout le monde était si gentil. Un monsieur ne me quittait pas. C’est lui qui m’avait sortie de la station. Il me faisait parler et répétait qu’il resterait près de moi jusqu’à ce que je lui donne mon nom.

Puis son GSM a sonné et il a décroché. Et puis il s’est mis à pleurer. J’ai revu ce petit garçon qui m’avait souri dans le métro. Encore plus tard, une dame m’a demandé si je me souvenais d’elle. J’ai dû répondre que non. Je n’ai aucun souvenir de l’explosion. C’est cette dame qui m’a sortie de la rame. Elle m’a dit que j’étais coincée dedans… »

Policiers, sauveteurs, bénévoles, Orphée Vanden Bussche n’a que des « mercis ». « Et puis, d’un coup, j’ai eu très froid. On m’avait mis au cou une étiquette jaune : je n’étais pas dans les priorités médicales. Mais j’ai vomi et j’avais de plus en plus mal à la tête. J’ai entendu un ambulancier : ‘ Aïe, commotion cérébrale, il lui faut une étiquette rouge ’. On m’a évacuée vers Saint-Jean. »

Scotchée à son écran, la rescapée suit les infos en boucle. Le corps est criblé de mini-éclats métalliques que les chirurgiens renoncent pour l’instant à extraire. « J’ai 33 ans et le corps d’une petite vieille. »

On a dû recoudre la droite du visage, du haut du crâne au bas de la joue. Pour ne pas l’effrayer, Orphée s’interdit depuis mardi de revoir son fils de deux ans.

Ses pensées s’adressent aux victimes plus graves, aux personnes décédées, aux familles dans le deuil, à celles dans l’attente.

Elle pleure.

« Je ne sais pas comment l’exprimer, mais ce que je sais, c’est que si j’étais morte, je n’aurais pas souffert. Je serais partie sans douleur. Je ne sais pas si cela peut aider en quelque manière mais sur ce que j’ai de plus cher, Monsieur, je vous jure que ce que je vous dis est vrai : il y avait un air de printemps.

Mon mari m’avait déposée. Je l’avais embrassé. J’avais embrassé mon fils. Je tenais mon café à la main. Il faisait beau. J’étais heureuse. Si j’étais morte, j’en ai la profonde conviction, je serais partie en ayant ces idées. » Lire la Suite

Voir + récent au – récent :

http://africa24.news/archives/6699

http://africa24.news/archives/6695

http://africa24.news/archives/6688

http://africa24.news/archives/6685

Voir aussi :