Gabon : Ali Bongo Déclare « J’ai Coupé le Cordon avec la Françafrique »

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Ali Bongo Ondimba : « C’est un conflit générationnel qui m’oppose aux anciens collaborateurs de mon père »

Le jeudi 8 septembre 2016, une semaine après la proclamation des résultats de la présidentielle qui l’ont donné vainqueur, Ali Bongo Ondimba a entretenu des journalistes sur la crise qui secoue son pays. Pendant une heure, le numéro 1 gabonais a fait des révélations inédites sur les raisons profondes de cette crise et les mains intérieures et extérieures qui la sous-tendent. Sa volonté d’en finir avec certaines pratiques de la Françafrique, comme le lui a recommandé son père, feu l’ex-président Omar Bongo, est incontestablement, selon lui, l’une des principales raisons des tirs groupés dont il est la cible depuis 2009, l’année où il a accédé au pouvoir.

Ce n’était pas une interview questions/réponses. Le président Ali Bongo Ondimba a bien voulu entretenir des journalistes venus couvrir la présidentielle du 27 août sur un certain nombre de sujets, dont principalement l’offensive que mènent contre lui les ex-caciques du Parti démocratique gabonais (Pdg), la formation politique créée par son père, et des nostalgiques de la Françafrique.

La rencontre a eu pour cadre le  »Palais du bord de mer », encore appelé le Palais de la Rénovation. C’est le siège de la présidence de la République à Libreville, un imposant édifice de marbre blanc, planté au bord de l’océan. « Le président les reçoit dans le salon marocain », susurre un des conseillers du chef de l’État à un autre qui voulait savoir où allait se dérouler l’entretien.

Il était 19 heures à Libreville, 18 heures Gmt. Ce vaste palais devait en effet disposer d’une multitude de salons où le locataire des lieux reçoit ses invités. Le salon mérite bien son nom, car le décor est typiquement marocain. Les murs et les colonnes sont tapissés de carrelage en céramique, un magnifique ensemble de formes géométriques. En costume sombre à rayures, le président est assis dans un fauteuil, les yeux rivés sur l’écran qui montrait les images d’une chaîne de télévision française qui diffusait à profusion des informations sur les événements du Gabon. L’abondante chevelure frisée du début de règne en 2009 a fait place à une calvitie avancée. Mais l’homme affichait la grande forme et une sérénité qui poussent l’un des invités à lui en demander le secret. Le chef de l’Etat se saisit de la télécommande et coupe le son du poste téléviseur, avant de lui répondre : « Vous n’allez peut-être pas me croire, mais les situations difficiles ne m’empêchent nullement de dormir. Quels que soient les problèmes, je dors normalement, je ne perds rien de mes heures de sommeil. Je ne prends aucun somnifère pour trouver le sommeil », affirme Ali Bongo, qui dit remercier Dieu de lui faire cette grâce.

Le président, qui était entouré de certains de ses proches, indexe l’un d’eux, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Alain-Claude Bilie By Nzé : « Il me fait trop travailler ces temps-ci. Vous allez voir qu’après vous, il va faire entrer d’autres ». Ce jeune ministre est l’un des plus fidèles compagnons d’Ali Bongo. Il est en effet celui qui coordonne l’équipe de communication du candidat-président, en cette période électorale. Il a imposé au chef un agenda surbooké : audiences, interviews, visites de sites saccagés, visites aux victimes des violences, rencontres avec les militants du Pdg. Cet  » homme orchestre » ne se donne lui-même aucun répit. A peine a-t-il fini un point de presse dans la matinée du jeudi 1erseptembre à Libreville, sur les violences du mercredi 31 août, jour de la proclamation des résultats de la présidentielle, qu’on le retrouve, quelques heures plus tard, à des milliers de kilomètres de la capitale gabonaise, à Paris, sur le plateau d’une chaîne de télé française. Aussitôt après, il reprend l’avion pour le Gabon.

Après cette petite plaisanterie avec son ministre, le président Ali Bongo entame une longue explication sur ce qui l’oppose aujourd’hui, d’une part  »aux anciens caciques du Pdg » devenus ses pires adversaires, et d’autre part, à ses adversaires extérieurs qui sont, selon ses propres termes, des  »nostalgiques de la Françafrique ». Ali Bongo parle surtout de l’avocat français Robert Bourgi, proche de Jean Ping, et du journaliste-écrivain français Pierre Péan, auteur d’un livre qui lui dénie son origine gabonaise. Ces deux hommes ont été hyper actifs sur les chaînes de radios et de télévisions étrangères pendant cette campagne présidentielle et après la proclamation des résultats. Ils ont entrepris un vrai travail de sape contre le régime Ali Bongo. Cette hargne des deux Français contre le président sortant a poussé celui-ci à avoir cette réaction : «Voyez-vous, Ping s’est clairement affiché comme le candidat de l’étranger ».

On m’en veut parce que je veux changer un système

« J’ai deux problèmes avec l’opposition gabonaise, du moins avec les principaux opposants que sont Jean Ping, Casimir Oyé Mba et Guy-Nzouba Ndama, et d’autres. C’est, d’une part, un conflit générationnel. Ce sont des caciques du pouvoir de mon défunt père qui n’ont pas du tout supporté que je mette fin à certains privilèges dont ils voulaient toujours continuer de bénéficier », soutient le président.

Il fait remarquer que ces opposants radicaux sont tous des septuagénaires, donc d’une autre génération que la jeune équipe qui l’entoure actuellement. Le président montre son ministre de la Communication et quelques uns de ses conseillers : « C’est un conflit entre deux générations : celle de mon père, et celle que je représente », affirme Ali Bongo, qui rappelle que quand son père l’avait appelé auprès de lui en 1984, à la présidence de la République, il y a 32 ans, « la plupart de ces opposants d’aujourd’hui, dont Ping, étaient déjà là ». Et le chef de l’État de poursuivre : «J’ai trouvé tous ces caciques qui m’accusent aujourd’hui d’avoir commis un  »parricide ». Je n’ai pas  »tué » le père, mais j’ai juste décidé de changer un système ». Le président soutient que c’est d’ailleurs avec la bénédiction de son père, Omar Bongo, qu’il opère aujourd’hui tous ces changements qui font jaser ces apparatchiks du Pdg, l’ancien parti unique.

Le chef de l’État gabonais affirme aussi que son principal adversaire, Jean Ping, l’accuse de s’être entouré de trop d’étrangers, de Béninois notamment. « C’est dangereux de tenir de tels propos dans un pays comme le Gabon dont la population est très mélangée !», fait remarquer le président, qui précise que dans quasiment chaque famille gabonaise, il y a des couples mixtes gabonais et non natifs gabonais. Affichant un sourire narquois, il chuchote : « Mais… Ping est mal placé pour mener ce combat xénophobe!»

J’ai dit à la  »Françafrique »: ça suffit comme ça !

Assis jusque-là sereinement, le dos collé au dossier de son fauteuil, le président Ali Bongo se penche vers ses invités pour leur parler de près, comme pour livrer un secret. Il confie qu’avant sa mort, son père (Ndlr : Omar Bongo Ondimba considéré comme l’un des ténors africains de la Françafrique), lui avait dit ceci : « Ecoute, tu ne dois plus rien à ces gens, je leur ai assez donné déjà. Toi, tu dois maintenant travailler pour les Gabonais. Il faut couper le cordon ombilical avec ce système ». Il affirme qu’il l’a clairement signifié à un ancien président français, lors de leur première rencontre.

Autre chose qui ne plaît pas à ses adversaires extérieurs, a dit Ali Bongo, c’est la diversification des partenaires économiques du Gabon, à laquelle il avait opté, dès son élection à la présidence en 2009. Il soutient que la Chine, la Turquie et d’autres puissances émergentes coopèrent de plus en plus avec son pays. « Nous n’avons plus de partenaires privilégiés, et c’est la suppression de ces privilèges que certains ne supportent pas, ou supportent difficilement », affirme-t-il, l’air quelque peu agacé. Le président déclare aussi qu’il a fait savoir aux partenaires économiques de son pays que dorénavant, aucun produit naturel du Gabon ne sortira du pays sans avoir subi une première transformation. C’est surtout le cas du bois. Désormais, les grumes ne seront plus directement exportées sans avoir été préalablement transformées sur place dans des usines en contreplaqués ou en planches. Cela dans le but de fournir du travail aux Gabonais.

J’ai demandé à la police et à la gendarmerie de maintenir l’ordre avec zéro mort

Avant la fin de l’entretien, le président est revenu sur les violences survenues après l’annonce de sa victoire. « C’est pratiquement les mains liées dans le dos que j’ai envoyé les forces de l’ordre, maintenir l’ordre. Je leur ai demandé de tout faire pour éviter des pertes en vies humaines », déclare le locataire du Palais du bord de mer, l’air un peu triste. « Hélas, il y a eu quelques manifestants qui ont perdu la vie, tout comme un policier qui est également mort. De nombreux autres ont été blessés ».

Le président confie qu’il a ainsi évité de tomber dans le piège du camp Jean Ping, dont le plan était de provoquer un bain de sang en lâchant des hordes de casseurs et de pilleurs dans les rues. « Ping s’était plutôt préparé à la défaite, c’est pourquoi il avait planifié la violence », affirme le président gabonais. Il accuse son adversaire d’avoir voulu provoquer le chaos.

Dans leur stratégie, dira Ali Bongo, les partisans de Ping ont tenté de couper les réseaux de distribution d’eau et d’électricité. Ils ont aussi essayé de priver le pays d’informations. C’est pour cela, fait-il savoir, qu’ils ont partiellement brûlé la télévision, le siège du quotidien  »l’Union »,proche du gouvernement, et fait circuler des rumeurs sur une pénurie d’eau. Pendant qu’il tentait de priver le pays d’informations, Ping avait, lui, tous les médias étrangers à sa disposition, fait remarquer le président.

Après un peu plus d’une heure d’entretien, le protocole fait discrètement signe au chef de l’État qu’il y avait un dernier rendez-vous sur son agenda. Avant de prendre congé de la presse, il tient particulièrement à rassurer les Ivoiriens, dont le pays a été abondamment cité dans la crise gabonaise : « Dites à nos frères Ivoiriens qu’il n’y a pas de problème entre nous. Nous sommes des frères et nous le demeurons.»

Dans l’un des salons du grand hall d’attente, le ministre de l’Intérieur, Pacôme Moubelet Boubéya patientait avec une autre délégation, la dernière certainement inscrite sur l’agenda du maître des lieux. Dehors, il était 20 heures passées (19 heures Gmt), la nuit tombait sur le Palais du bord de mer plongé dans un profond silence, que seuls viennent perturber les bruits du vent et des vagues de la mer. De loin, l’imposant bâtiment, dont les fenêtres vitrées scintillent de lumière, ressemble à s’y méprendre à un luxueux paquebot avec ses hublots éclairés. […] Lire la suite

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